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Sciences économiques et sociales · Terminale · Engagement Politique et Action Collective · 3e Trimestre

Répertoires d'action collective

Les élèves analysent l'évolution des répertoires d'action collective, des grèves aux manifestations numériques.

Programmes OfficielsMEN: Lycée - Science politiqueMEN: Lycée - Action collective

À propos de ce thème

Le concept de répertoire d'action collective, forgé par l'historien Charles Tilly, désigne l'ensemble des moyens de protestation disponibles à une époque donnée. Tilly a montré que ces répertoires évoluent historiquement : le 19e siècle a vu passer des émeutes locales aux grèves et manifestations nationales. Aujourd'hui, les répertoires se transforment à nouveau sous l'effet du numérique, de la mondialisation et de l'affaiblissement des organisations traditionnelles.

En France, la grève reste un mode d'action central (le nombre de JINT, journées individuelles non travaillées, est un indicateur suivi par la DARES), mais de nouvelles formes se développent : occupation de places (Nuit Debout), blocage de ronds-points (Gilets jaunes), actions spectaculaires (L214, Extinction Rebellion), cybermilitantisme. Le programme demande aux élèves de comparer les répertoires traditionnels et contemporains pour en évaluer l'efficacité respective. La construction d'une frise chronologique des répertoires ou l'analyse d'un mouvement social récent permettent de relier théorie et observation empirique de manière concrète.

Questions clés

  1. Comparer les répertoires d'action collective traditionnels et contemporains.
  2. Analyser l'impact du numérique sur les formes de mobilisation et de protestation.
  3. Évaluer l'efficacité des différents répertoires d'action collective pour atteindre des objectifs.

Objectifs d'apprentissage

  • Comparer les caractéristiques des répertoires d'action collective traditionnels (grèves, manifestations) et contemporains (cybermilitantisme, blocages ciblés).
  • Analyser l'influence des technologies numériques sur la diffusion de l'information et l'organisation des mouvements sociaux.
  • Évaluer l'efficacité comparée des différents répertoires d'action collective pour atteindre des objectifs spécifiques, en s'appuyant sur des exemples concrets.
  • Identifier les facteurs qui expliquent l'évolution historique des répertoires d'action collective en France.

Avant de commencer

Les formes de l'engagement politique

Pourquoi : Les élèves doivent avoir une compréhension des différentes manières dont les citoyens peuvent s'engager politiquement avant d'analyser les répertoires d'action collective.

Les organisations de la société civile

Pourquoi : Il est nécessaire de connaître le rôle des syndicats, associations et ONG pour comprendre qui sont les acteurs des répertoires d'action collective.

Vocabulaire clé

Répertoire d'action collectiveEnsemble des moyens de protestation et de mobilisation dont disposent les acteurs sociaux à une période donnée. Il évolue avec le temps et les contextes.
CybermilitantismeUtilisation des outils numériques (réseaux sociaux, pétitions en ligne, forums) pour organiser, diffuser et soutenir des actions militantes et des mouvements sociaux.
Action directeForme d'action visant à obtenir un résultat immédiat, souvent en dehors des canaux institutionnels traditionnels, comme le blocage d'infrastructures ou l'occupation d'espaces.
Mouvement socialAction collective organisée et prolongée dans le temps par un groupe social qui cherche à produire un changement social ou politique.
JINT (Journée Individuelle Non Travaillée)Unité de mesure de la participation à la grève, comptabilisant le nombre de journées de travail perdues par un salarié.

Attention à ces idées reçues

Idée reçue couranteLa grève est un mode d'action dépassé qui ne sert plus à rien.

Ce qu'il faut enseigner à la place

La grève reste le mode d'action le mieux encadré juridiquement et le plus efficace dans certains secteurs (transports, énergie, éducation). Les données DARES montrent que les JINT fluctuent mais ne disparaissent pas. L'analyse comparative permet aux élèves de voir que l'efficacité dépend du contexte, pas du mode d'action en soi.

Idée reçue couranteLes réseaux sociaux suffisent à organiser un mouvement social.

Ce qu'il faut enseigner à la place

Le numérique facilite la coordination et la médiatisation mais ne remplace pas l'organisation matérielle, le financement et le leadership. Les mouvements nés en ligne qui durent sont ceux qui se structurent hors ligne. La frise chronologique montre que chaque innovation technique a modifié les répertoires sans supprimer le besoin d'organisation.

Idée reçue couranteLes actions radicales (blocages, désobéissance civile) sont toujours contre-productives.

Ce qu'il faut enseigner à la place

L'histoire des mouvements sociaux montre que certaines actions perçues comme radicales à leur époque ont conduit à des avancées majeures (suffragettes, sit-ins des droits civiques). L'étude comparative aide les élèves à distinguer radicalité des moyens et efficacité des résultats.

Idées d'apprentissage actif

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Frise chronologique collaborative : L'évolution des répertoires d'action

Les groupes reçoivent chacun une période historique (1830-1870, 1880-1936, 1945-1980, 1980-2010, 2010-aujourd'hui) avec des documents-sources. Ils identifient les actions collectives dominantes, les acteurs et le contexte institutionnel. Les frises sont assemblées pour visualiser l'évolution des répertoires selon Tilly.

55 min·Petits groupes

Penser-Partager-Présenter: Les Gilets jaunes ont-ils inventé un nouveau répertoire ?

Les élèves réfléchissent aux spécificités du mouvement (ronds-points, absence de leader, Facebook comme outil de coordination). En binôme, ils comparent avec les répertoires de Tilly et identifient ce qui est réellement nouveau et ce qui reprend des formes anciennes (barricades, jacqueries).

25 min·Binômes

Étude comparative : Grève vs action spectaculaire, quelle efficacité ?

Les élèves comparent deux actions récentes portant sur un enjeu similaire : une grève classique et une action spectaculaire (intrusion L214, décrochage de portrait présidentiel). Ils évaluent chaque action sur cinq critères (médiatisation, coût pour les militants, impact sur les décideurs, soutien de l'opinion, risques juridiques).

45 min·Petits groupes

Analyse de données : Les JINT comme indicateur de conflictualité

À partir des séries statistiques DARES sur les journées individuelles non travaillées pour fait de grève, les élèves identifient les tendances de long terme et les pics de conflictualité. Ils croisent ces données avec le contexte économique et politique pour produire une analyse structurée.

30 min·Individuel

Liens avec le monde réel

  • Les syndicats comme la CGT ou la CFDT utilisent encore la grève, un répertoire traditionnel, pour négocier des conditions de travail, comme lors des mouvements sociaux récents dans les transports ou l'éducation.
  • Des collectifs comme les Gilets Jaunes ont utilisé le blocage de ronds-points, une forme d'action directe et spectaculaire, pour exprimer leur mécontentement face aux politiques économiques et sociales.
  • Des organisations comme Amnesty International ou Greenpeace s'appuient de plus en plus sur le cybermilitantisme, lançant des campagnes de signature en ligne et mobilisant leurs sympathisants via les réseaux sociaux pour des causes environnementales ou de droits humains.

Idées d'évaluation

Billet de sortie

Distribuez une fiche avec deux colonnes : 'Répertoires traditionnels' et 'Répertoires contemporains'. Demandez aux élèves de lister au moins trois exemples pour chaque colonne et d'expliquer brièvement pourquoi le numérique a favorisé l'émergence des répertoires contemporains.

Question de discussion

Proposez aux élèves l'étude de cas d'un mouvement social récent (ex: mouvement contre la réforme des retraites, mouvement écologiste). Lancez une discussion : Quels répertoires d'action ont été mobilisés ? Lesquels vous semblent les plus efficaces et pourquoi ? Comment le numérique a-t-il joué un rôle ?

Vérification rapide

Présentez une courte vidéo ou un article décrivant une forme de protestation actuelle. Demandez aux élèves d'identifier le répertoire d'action collective utilisé et de le comparer à un répertoire plus ancien en termes de moyens et d'objectifs.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un répertoire d'action collective selon Charles Tilly ?
Tilly définit le répertoire d'action collective comme l'ensemble des moyens de protestation connus et disponibles dans une société à un moment donné. Chaque époque dispose d'un stock limité de formes d'action (pétition, grève, manifestation, boycott) que les acteurs sociaux combinent selon leurs ressources et le contexte politique. Ce répertoire évolue lentement.
Comment le numérique transforme-t-il les répertoires d'action collective ?
Le numérique ajoute de nouveaux outils (pétitions en ligne, hashtags, vidéos virales, coordination via les messageries) et modifie les répertoires existants (appels à manifestation via les réseaux sociaux, crowdfunding militant). Il abaisse le coût d'entrée dans l'action collective et accélère la diffusion, mais pose des questions de durabilité et de profondeur de l'engagement.
Quels sont les exemples récents de nouveaux répertoires d'action en France ?
Les Gilets jaunes (blocage de ronds-points, absence de structure formelle), Nuit Debout (occupation de place avec assemblées citoyennes), les actions d'Extinction Rebellion (blocages non-violents spectaculaires) et les intrusions filmées de L214 dans les abattoirs illustrent le renouvellement des formes de protestation en France depuis 2015.
Comment les activités de groupe aident-elles à comprendre les répertoires d'action ?
La frise chronologique collaborative ancre la théorie de Tilly dans des événements concrets et visualise l'évolution sur deux siècles. L'étude comparative oblige les élèves à dépasser les jugements moraux sur les modes d'action pour raisonner en termes d'efficacité, de coûts et de contexte politique. Ces formats développent l'esprit critique sur un sujet qui suscite souvent des réactions émotionnelles.