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Sciences économiques et sociales · Terminale · Justice Sociale et Inégalités · 3e Trimestre

Égalitarisme strict et égalité des chances

Les élèves comparent l'égalitarisme strict à l'égalité des chances et leurs implications pour l'intervention publique.

Programmes OfficielsMEN: Lycée - Regards croisésMEN: Lycée - Justice sociale

À propos de ce thème

Ce chapitre conduit les élèves à distinguer et comparer deux conceptions majeures de l'égalité : l'égalitarisme strict (égalité des situations) et l'égalité des chances. L'égalitarisme strict vise à réduire les écarts de revenus, de patrimoine et de conditions de vie entre les individus. L'égalité des chances cherche à garantir que chacun puisse accéder aux mêmes positions sociales indépendamment de son origine, sans nécessairement aboutir à des résultats identiques.

Les élèves analysent les implications concrètes de chaque approche pour les politiques publiques en France : l'égalitarisme strict justifie une forte redistribution et des services publics universels, tandis que l'égalité des chances fonde les politiques de discrimination positive (ZEP, Sciences Po conventions, quotas de genre). Les travaux de François Dubet sur les deux faces de l'égalité et d'Alain Renaut sur l'égalité des chances éclairent ce débat. Les activités de mise en situation permettent aux élèves de mesurer les conséquences pratiques de chaque conception et de construire leur propre positionnement argumenté.

Questions clés

  1. Distinguer l'égalité des chances de l'égalité des situations.
  2. Analyser les arguments en faveur d'un égalitarisme strict et ses limites.
  3. Évaluer les politiques visant à promouvoir l'égalité des chances (discrimination positive).

Objectifs d'apprentissage

  • Comparer les fondements philosophiques et les objectifs de l'égalitarisme strict et de l'égalité des chances.
  • Analyser les arguments justifiant un égalitarisme strict et identifier ses limites potentielles en termes de liberté individuelle et d'incitation économique.
  • Évaluer l'efficacité et la légitimité des politiques publiques de discrimination positive comme la loi Haby ou les conventions Sciences Po, en lien avec la promotion de l'égalité des chances.
  • Synthétiser les implications contrastées de l'égalité des situations et de l'égalité des chances sur la redistribution des richesses et l'accès aux ressources sociales.
  • Critiquer les conceptions de l'égalité à travers les apports de sociologues comme François Dubet et philosophes comme Alain Renaut.

Avant de commencer

Les fondements de la justice sociale

Pourquoi : Les élèves doivent avoir une compréhension préalable des différentes conceptions de la justice pour pouvoir comparer l'égalitarisme et l'égalité des chances.

Les formes d'inégalités sociales

Pourquoi : Il est nécessaire de connaître les différentes dimensions des inégalités (économiques, sociales, culturelles) pour évaluer les politiques qui visent à les réduire.

Vocabulaire clé

Égalitarisme strict (ou égalité des situations)Conception de l'égalité visant à réduire au maximum les écarts entre les individus, tant en termes de revenus, de patrimoine que de conditions de vie.
Égalité des chancesPrincipe selon lequel chaque individu devrait avoir les mêmes opportunités d'accéder aux positions sociales, indépendamment de son origine sociale, de son genre ou de son origine ethnique.
Discrimination positiveEnsemble de mesures visant à favoriser certains groupes sociaux désavantagés pour compenser des inégalités historiques ou structurelles, afin de promouvoir l'égalité des chances.
RedistributionAction de l'État visant à modifier la répartition des revenus et des richesses dans la société, souvent par le biais de prélèvements obligatoires et de transferts sociaux.

Attention à ces idées reçues

Idée reçue couranteL'égalité des chances et l'égalité des situations sont des objectifs contradictoires.

Ce qu'il faut enseigner à la place

François Dubet montre que ces deux conceptions sont complémentaires : sans un minimum d'égalité des situations (revenus, conditions de vie), l'égalité des chances reste formelle. Le jeu de plateau aide les élèves à observer comment les deux logiques interagissent dans la pratique.

Idée reçue couranteLa discrimination positive est contraire au principe républicain d'égalité.

Ce qu'il faut enseigner à la place

Le droit français autorise les mesures correctives temporaires visant à rétablir une égalité réelle lorsque l'égalité formelle perpétue des inégalités de fait. Le Conseil constitutionnel a validé plusieurs dispositifs de ce type. L'étude de cas sur Sciences Po permet de nuancer cette objection fréquente.

Idée reçue couranteL'égalitarisme strict signifie que tout le monde doit gagner exactement le même salaire.

Ce qu'il faut enseigner à la place

L'égalitarisme strict vise à réduire les écarts, pas nécessairement à les abolir totalement. La question est celle du seuil acceptable d'inégalité et des mécanismes de correction. Le tableau analytique montre la diversité des outils et leur calibrage dans la politique française.

Idées d'apprentissage actif

Voir toutes les activités

Jeu de plateau : Égalité des chances vs égalité des situations

Les élèves jouent à un jeu où deux sociétés fictives appliquent des politiques différentes : l'une redistribue fortement les revenus, l'autre investit dans l'égalité des chances (bourses, tutorat, quotas). Après plusieurs tours, ils comparent les résultats en termes de mobilité sociale et de bien-être collectif.

50 min·Petits groupes

Étude de cas: La discrimination positive à Sciences Po

Les élèves analysent le dispositif des Conventions Éducation Prioritaire de Sciences Po Paris. Ils examinent les données sur les résultats académiques et professionnels des étudiants admis par cette voie, puis débattent de la légitimité de ce type de politique au regard des deux conceptions de l'égalité.

40 min·Petits groupes

Penser-Partager-Présenter: Le dilemme de l'héritage

Chaque élève prend position sur la question : 'Faut-il taxer l'héritage à 100 % pour garantir l'égalité des chances ?' En binôme, ils confrontent leurs arguments et identifient les tensions entre liberté de transmission et égalité des chances. La mise en commun fait émerger la complexité du débat.

20 min·Binômes

Tableau analytique : Politiques égalitaires en France

Les élèves classent différentes politiques françaises (RSA, bourses universitaires, quotas de genre, impôt progressif, école gratuite) selon qu'elles relèvent de l'égalité des chances ou de l'égalité des situations, en justifiant chaque classement par les objectifs et les mécanismes de la politique.

30 min·Binômes

Liens avec le monde réel

  • Le débat sur la réforme de l'impôt sur le revenu en France oppose des visions différentes de la justice fiscale, certains plaidant pour une plus grande égalité des situations par une taxation plus progressive, d'autres pour une égalité des chances par des allègements ciblés.
  • Les dispositifs d'aide à la réussite éducative, comme les bourses sur critères sociaux ou les classes préparatoires intégrées dans certains lycées, visent à offrir une égalité des chances aux élèves issus de milieux modestes pour accéder aux grandes écoles.
  • Les quotas de genre dans les conseils d'administration des entreprises, tels qu'instaurés par la loi Copé-Zimmermann, sont une forme de discrimination positive visant à corriger une inégalité de situation persistante.

Idées d'évaluation

Question de discussion

Présentez aux élèves deux scénarios : 1) Un système fiscal où les taux d'imposition sont identiques pour tous. 2) Un système fiscal fortement progressif avec des aides sociales importantes. Demandez-leur : 'Quel système se rapproche le plus de l'égalitarisme strict ? Lequel favorise le mieux l'égalité des chances ? Justifiez vos réponses en vous appuyant sur les définitions étudiées.'

Billet de sortie

Distribuez une fiche avec deux affirmations : 'L'État doit garantir que tous les citoyens aient le même niveau de vie.' et 'L'État doit s'assurer que tous les citoyens aient les mêmes chances de réussir.' Demandez aux élèves d'écrire pour chaque affirmation : 'Êtes-vous d'accord (oui/non) ? Pourquoi ?' et d'identifier si l'affirmation relève plutôt de l'égalité des situations ou de l'égalité des chances.

Vérification rapide

Posez des questions rapides pour vérifier la compréhension des termes clés. Par exemple : 'Donnez un exemple concret de politique qui vise l'égalité des situations.' ou 'Expliquez en une phrase pourquoi la discrimination positive est liée à l'égalité des chances.'

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre égalité des chances et égalité des situations ?
L'égalité des chances vise à garantir que chacun parte avec les mêmes possibilités d'accéder aux différentes positions sociales, indépendamment de son origine. L'égalité des situations cherche à réduire les écarts de revenus, de patrimoine et de conditions de vie entre les individus, quelles que soient leurs trajectoires.
Qu'est-ce que la discrimination positive en France ?
La discrimination positive désigne des mesures qui accordent un traitement préférentiel temporaire à des groupes désavantagés pour compenser des inégalités structurelles. En France, elle prend des formes comme les ZEP/REP, les conventions éducation prioritaire de Sciences Po, ou les quotas de genre dans les conseils d'administration des grandes entreprises.
L'égalitarisme strict est-il applicable en pratique ?
Les expériences historiques montrent que l'égalitarisme strict se heurte à des obstacles majeurs : désincitation à l'effort et à l'innovation, fuite des capitaux et des talents, coût administratif du contrôle, et atteintes aux libertés individuelles. La plupart des démocraties optent pour un compromis entre réduction des inégalités et incitations économiques.
Comment les méthodes actives aident-elles à comprendre les débats sur l'égalité ?
Le jeu de plateau fait vivre aux élèves les conséquences concrètes de chaque modèle d'égalité sur la mobilité sociale, transformant un débat théorique en expérience tangible. La confrontation en binôme sur des dilemmes comme la taxation de l'héritage oblige à formuler et défendre un positionnement argumenté face à une perspective différente.