Une question que la plupart des enseignants n'ont pas entendue depuis leur formation initiale : quand as-tu changé d'avis sur quelque chose parce qu'une question d'élève t'a forcé à réfléchir vraiment ?
Si la réponse est « rarement », tu fais probablement la majeure partie du travail intellectuel à la place de ta classe. La méthode socratique renverse ce schéma — et les recherches sur son efficacité méritent vraiment qu'on s'y arrête.
C'est quoi, la méthode socratique ?
La méthode socratique en enseignement remonte à la Grèce antique, où le philosophe Socrate refusait catégoriquement de faire des cours magistraux. À la place, il multipliait les questions, sondait les convictions de ses interlocuteurs jusqu'à ce qu'ils affûtent leur pensée ou admettent qu'ils ne savaient pas ce qu'ils croyaient savoir. Ce processus avait un nom : l'elenchus, un mot grec qui désigne l'interrogatoire ou la réfutation.
Socrate se comparait à une sage-femme des idées. Il employait le terme maïeutique (du mot grec désignant l'art de l'accouchement) pour décrire son rôle : non pas planter un savoir dans l'esprit de ses élèves, mais les aider à l'accoucher eux-mêmes. Dans ce modèle, l'enseignant ne détient pas la réponse. Il détient la prochaine question.
Les applications modernes en classe sont des variations structurées de cette idée centrale. L'approche repose sur un dialogue argumentatif coopératif où les participants examinent leurs convictions, testent leurs hypothèses et construisent une compréhension plus claire par un questionnement itératif. Ce n'est pas un quiz façon Jeopardy. C'est une conversation philosophique disciplinée, qui a un but.
L'elenchus original était un dialogue en tête-à-tête, souvent confrontationnel. Les séminaires socratiques modernes — des discussions structurées en grand groupe — conservent l'esprit du questionnement tout en le distribuant entre plusieurs voix. La grande majorité des applications en classe utilisent le format séminaire, et non l'elenchus pur.
Le rôle de l'enseignant : du cours magistral à la facilitation
L'image dominante de l'enseignement socratique dans la culture populaire, c'est le professeur Kingsfield de The Paper Chase : glacial, intimidant, visiblement là pour humilier. Cette caricature a fait beaucoup de dégâts dans la façon dont on comprend et applique la méthode.
La méthode socratique efficace demande autre chose à l'enseignant. Il n'est pas la personne la plus intelligente de la pièce en train d'asseoir sa domination. Il est un facilitateur habile qui prépare ses questions à l'avance, écoute attentivement les réponses des élèves et suit le fil de leur raisonnement plutôt que de piloter vers une réponse prédéfinie. La qualité de la mise en œuvre dépend beaucoup de la préparation et des compétences de facilitation de l'enseignant — la méthode ne tourne pas toute seule.
Ça implique un vrai changement d'identité professionnelle. Les enseignants formés à l'instruction directe se sentent souvent mis à nu quand ils ne donnent pas les réponses. Mais l'humilité intellectuelle — modéliser l'incertitude, accepter les questions ouvertes, dire « je ne sais pas, qu'est-ce que toi tu en penses ? » — ce n'est pas une faiblesse. C'est la méthode qui fonctionne correctement.
— Socrate, rapporté par Platon dans le MénonJe sais que je ne sais rien.
Les apports de la méthode socratique pour les élèves
Les données qui soutiennent la méthode socratique en classe sont cohérentes, même si elles ne sont pas encore définitives à grande échelle. Plusieurs études et revues de littérature établissent une corrélation positive entre le questionnement socratique et le développement de la pensée critique. Des recherches de l'université Widyatama montrent que les élèves placés dans des environnements de questionnement socratique progressent de façon mesurable en raisonnement analytique par rapport à ceux qui suivent un enseignement magistral.
Le mécanisme est important. Quand on demande aux élèves d'expliquer pourquoi ils croient quelque chose — et pas seulement quoi — ils s'engagent dans un traitement élaboratif qui renforce la mémoire et approfondit la compréhension. L'écoute passive ne fait pas ça. Défendre une position, la réviser sous la pression des questions et la connecter à l'argument d'un pair, si.
Au-delà de la mémorisation, la méthode construit des habitudes intellectuelles qui se transfèrent hors de la classe. Les élèves qui pratiquent régulièrement le dialogue socratique apprennent à poser de meilleures questions aux sources, à repérer les prémisses fragiles dans un raisonnement, à tenir la complexité sans se précipiter vers une réponse trop rapide. Ce sont des compétences que les évaluations standardisées mesurent rarement — mais qui apparaissent clairement dans la façon dont les élèves abordent des problèmes nouveaux.
Ce que dit la recherche : pourquoi le dialogue fonctionne
Pour comprendre pourquoi cette approche perdure, il faut regarder comment elle interagit avec le traitement cérébral des informations complexes. Dans « Sharing Practice through Socratic Seminars : Helping Students Build Meaning from Complex Texts » (2010), le chercheur J.R. Mangrum montre que ces séminaires améliorent significativement la capacité des élèves à interpréter des textes denses. La dimension collaborative du dialogue agit comme un étayage : le groupe atteint un niveau d'analyse textuelle que la plupart des élèves ne pourraient pas atteindre seuls.
L'impact en environnement à forts enjeux est également notable. Une étude de Davies et Meissel (2016), « The use of Socratic seminar in a high-stakes environment : Case studies of two teachers », montre que l'engagement des élèves et les compétences de pensée d'ordre supérieur progressent même quand les enseignants sont soumis à des contraintes curriculaires strictes. La méthode socratique n'est donc pas un « luxe » réservé aux cours optionnels — c'est un outil essentiel pour la réussite académique dans les matières fondamentales. Elle s'appuie sur la « zone proximale de développement » en permettant aux élèves d'articuler leur raisonnement tout en étant challengés par les perspectives diverses de leurs pairs.
Adapter la méthode à chaque niveau : du CP à la terminale
La méthode socratique n'est pas un outil universel qu'on applique partout de la même façon. Son utilisation doit évoluer à mesure que les élèves passent de la pensée concrète au raisonnement abstrait.
CP-CE1 : poser les bases de la curiosité
À ce niveau, le format séminaire complet n'est pas adapté — mais l'esprit du questionnement socratique est essentiel. On se concentre ici sur ce qu'on appelle la « parole responsable » (Accountable Talk). Les enseignants utilisent des albums de jeunesse avec des dilemmes moraux — Le Poisson Arc-en-ciel ou Frog and Toad — pour poser des questions comme : « Pourquoi il a fait ça ? » ou « Qu'est-ce qui se passerait si tout le monde agissait comme lui ? » L'objectif, c'est d'installer l'habitude d'écouter un camarade et de répondre à son idée, plutôt que d'attendre simplement son tour de parole.
CE2-CM2 : construire le cercle
En cycle 3, les élèves sont bien disposés pour les discussions structurées. C'est le moment idéal pour introduire le cercle physique et les règles de base. On utilise des textes courts — fables ou brèves articles d'actualité sur des sujets qui concernent l'école. L'enseignant reste le principal questionneur, mais l'accent se déplace vers l'exigence que les élèves trouvent une phrase précise dans le texte pour étayer leur affirmation. Ça construit la compétence fondamentale de raisonnement par les preuves.
6e-4e : développer l'autonomie
Les élèves de collège ont un excellent potentiel pour les séminaires socratiques, car ils sont développementalement prêts à remettre en question l'autorité et à explorer leur propre identité. À ce stade, on peut introduire la variation « Fishbowl ». La moitié de la classe s'assoit en cercle intérieur pour discuter, pendant que l'autre cercle observe et prend des notes sur la qualité de la conversation. Ce groupe d'âge bénéficie de rôles explicites — comme le « Cartographe » qui trace qui parle à qui — pour les aider à visualiser la dynamique du dialogue.
Lycée : vers la maîtrise autonome
Au lycée, l'affinité est excellente et l'enseignant doit tendre vers un rôle quasi silencieux. Les élèves doivent prendre en charge la formulation de leurs propres questions d'ouverture et gérer les transitions entre les sujets. Les textes peuvent être bien plus complexes : documents sources, articles scientifiques, pièces de Shakespeare. L'objectif, c'est que le séminaire devienne une véritable communauté de recherche où l'enseignant n'est plus qu'un filet de sécurité, pas un guide.
Mise en œuvre pas à pas
Tu es prêt à te lancer ? Voici six étapes pour assurer un démarrage réussi.
1. Choisis un texte qui vaut le coup. Cherche un texte complexe, ambigu ou riche qui invite plusieurs interprétations. Si un texte n'a qu'un seul « sens correct », il échouera comme point d'ancrage socratique. L'objectif, c'est la « lutte productive » : les élèves peuvent accéder au sens avec de l'effort, mais sans que ce soit immédiatement évident.
2. Prépare des questions ouvertes. Développe une « question d'ouverture » qui n'a pas de bonne réponse unique. Elle doit obliger les élèves à se référer au texte. Par exemple, plutôt que « Que se passe-t-il à la fin de l'histoire ? », pose : « D'après le choix final du personnage, est-ce que son parcours est une réussite ou un échec ? »
3. Aménage l'espace. L'espace physique dicte les comportements sociaux. Place les chaises en cercle ou en fer à cheval pour que tous les participants aient un contact visuel. Ça supprime la position d'autorité du « devant de la classe » et signale que les élèves sont les premiers moteurs de l'expérience.
4. Établis des règles du jeu. Rappelle les normes avant chaque séance. Les règles courantes incluent : « adresse-toi au groupe, pas à l'enseignant », « cite le texte par numéro de page ou de ligne », « écoute sans couper la parole ». Ces normes créent la sécurité nécessaire pour que les élèves prennent des risques intellectuels.
5. Facilite le dialogue. Lance la discussion avec ta question d'ouverture, puis fais le plus difficile : reste silencieux. Interviens uniquement si la conversation s'arrête pendant plus de dix secondes ou si une règle est violée. Ton silence est le vide qui force les élèves à prendre les rênes.
6. Fais un débriefing. Ne l'écourte jamais. Termine la séance en demandant aux élèves de réfléchir au processus. Pose des questions comme : « Est-ce qu'on s'est bien écouté aujourd'hui ? » ou « Qu'est-ce que quelqu'un a dit qui a changé ta façon de voir les choses ? » Cette étape métacognitive transforme une bonne discussion en apprentissage durable.
Exemples concrets selon les matières
Humanités et sciences sociales
Dans un cours de 2nde sur Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, un facilitateur socratique ne demande pas : « Que représente Atticus Finch ? » Cette question n'invite qu'à réciter, pas à raisonner. À la place : « Atticus dit que le palais de justice est le grand égalisateur. Le roman confirme-t-il cette affirmation, ou la contredit-il ? »
Les élèves doivent maintenant prendre position, trouver des preuves dans le texte et anticiper les contre-arguments de camarades qui ont lu les mêmes chapitres différemment. Le rôle de l'enseignant, c'est de creuser — « Qu'est-ce que quelqu'un qui ne serait pas d'accord avec toi pourrait avancer ? » — pas de valider celui qui se rapproche le plus de la lecture standard.
La même logique s'applique en histoire : « Le largage des bombes atomiques sur le Japon était-il une décision militaire ou politique ? Quels éléments font évoluer ta réponse ? »
Mathématiques et sciences
L'idée que la méthode socratique ne convient pas aux matières techniques sous-estime ce que les mathématiques impliquent réellement. Calculer, ce n'est pas penser mathématiquement. Raisonner, si.
Un professeur de géométrie peut utiliser le questionnement socratique pour guider les élèves vers une démonstration plutôt que de la leur présenter. On commence par : « Si ces deux triangles sont congruents, qu'est-ce qui doit nécessairement être vrai pour leurs angles ? » Puis : « Comment tu le sais ? Qu'est-ce qui devrait changer pour que ce soit faux ? » Les élèves qui arrivent à la démonstration par un questionnement guidé la comprennent de façon structurelle, pas seulement procédurale.
En sciences, une séquence de questions bien conçue peut recréer la logique de la démarche expérimentale : « Qu'est-ce que tu devrais observer pour conclure que l'hypothèse est fausse ? » Cette question enseigne la réfutabilité sans que le mot apparaisse jamais sur une diapositive.
Prépare tes questions clés avant le cours. Les meilleures questions socratiques n'ont pas de réponse évidente, invitent plusieurs positions défendables et se connectent au concept central que tu veux faire comprendre. Le questionnement spontané est une compétence qui se développe sur des années — commence avec trois questions préparées et construis à partir de là.
Erreurs fréquentes et solutions
Même avec les meilleures intentions, les séminaires socratiques peuvent déraper. Voici cinq pièges courants et comment les éviter.
Piège 1 : l'enseignant parle trop. C'est l'échec le plus fréquent. Quand un silence s'étire sur cinq secondes, beaucoup d'enseignants ressentent une envie quasi physique de le combler avec une explication. La solution : Compte jusqu'à dix en silence. Rappelle-toi que l'inconfort de la pause, c'est là que se passe la vraie réflexion. Si la conversation stagne vraiment, ne donne pas la réponse — redirige plutôt avec : « Est-ce que quelqu'un peut trouver un passage qui parle de ça ? »
Piège 2 : les élèves s'adressent à l'enseignant, pas entre eux. Si les élèves te regardent à chaque fois qu'ils finissent une phrase, ils cherchent ta validation plutôt qu'à dialoguer. La solution : Détourne physiquement le regard. Relis tes notes, griffonne ou regarde le sol. Quand tu cesses d'être une cible conversationnelle, les élèves finissent par apprendre à s'adresser au cercle.
Piège 3 : un texte au mauvais niveau de difficulté. Un texte trop simple génère des commentaires superficiels et définitifs. Un texte trop dense bloque les élèves complètement. La solution : Vise la zone « Boucle d'Or » de la complexité. Des sources primaires courtes et riches, ou des extraits littéraires d'une à trois pages, fonctionnent souvent mieux que des chapitres entiers, parce que les élèves peuvent garder tout le texte en tête à la fois.
Piège 4 : aucun temps de préparation pour les élèves. Lancer un séminaire « à froid » ne fonctionne presque jamais. Sans temps de traitement, les bavards domineront tandis que les penseurs plus profonds et plus silencieux peineront à suivre. La solution : Donne aux élèves au moins une séance pour annoter le texte, noter leurs propres questions et formuler des idées initiales. Un élève avec un texte annoté est un élève avec une voix.
Piège 5 : noter la quantité plutôt que la qualité. Si tu dis aux élèves qu'ils doivent prendre la parole trois fois pour avoir un A, tu vas te retrouver avec une salle pleine de gens qui se coupent la parole pour dire « je suis d'accord ». La solution : Observe des indicateurs qualitatifs. Est-ce qu'ils citent le texte ? Est-ce qu'ils s'appuient sur l'idée d'un pair ? Est-ce qu'ils ont posé une question qui a fait avancer le groupe ? Utilise une grille d'observation simple pour comptabiliser ces comportements spécifiques.
La méthode socratique à distance et en classe virtuelle
Le passage à l'enseignement en ligne a mis à jour une vraie vulnérabilité : le dialogue socratique repose sur la réactivité en temps réel, et beaucoup des signaux sociaux qui régulent la discussion — contact visuel, langage corporel, la pause chargée de sens — disparaissent en visioconférence.
Mais la méthode survit avec des adaptations réfléchies.
Les salles de sous-groupes fonctionnent comme de petits cercles socratiques. Assigne à des groupes de quatre ou cinq élèves une question ciblée, donne-leur dix minutes pour en discuter, puis ramène tout le monde pour partager. L'enseignant peut circuler entre les sous-groupes pour poser des questions dans chacun, plutôt que d'essayer d'animer une discussion en grand groupe avec vingt participants en sourdine.
La fenêtre de chat est utile pour les élèves qui ont besoin de plus de temps de traitement avant de prendre la parole. Pose une question, demande à tout le monde de taper sa réponse initiale dans le chat avant que quelqu'un ne parle, puis utilise ces positions écrites comme point de départ pour la discussion. Cette approche construit aussi une responsabilité collective : chaque élève a une position avant même que la conversation commence.
Les tableaux blancs numériques (Miro, Jamboard ou similaires) permettent aux élèves de cartographier leurs arguments visuellement. Demande-leur de placer leur affirmation sur un spectre, puis de défendre leur choix. L'artefact visuel donne à la conversation un objet partagé à interroger, ce qui reproduit en partie l'ancrage qu'offre une classe physique.
La discussion en ligne synchrone exige une facilitation plus serrée qu'en présentiel. Nomme les élèves directement, utilise délibérément le temps d'attente, et raccourcis les séances : quarante-cinq minutes de dialogue socratique en ligne, c'est cognitivement plus exigeant que la même séance en présentiel.
Méthode socratique vs. tables Harkness : quelle différence ?
La méthode socratique et le modèle Harkness utilisent tous deux la discussion comme principal vecteur d'apprentissage, et les deux sont associés à des dispositions ovales ou circulaires. La ressemblance s'arrête là.
Dans l'enseignement socratique, l'enseignant est le questionneur actif. Il conçoit l'enquête, pose les questions centrales et guide la dialectique. Les élèves répondent à l'enseignant et entre eux, mais le jugement de l'enseignant oriente la direction de la conversation tout au long de la séance.
Le modèle Harkness, développé à la Phillips Exeter Academy dans les années 1930, retire presque entièrement l'enseignant du centre. Ce sont les élèves qui mènent la discussion, s'appuient sur les contributions des autres et sont évalués en partie sur leur capacité à inviter les pairs plus silencieux dans la conversation. L'enseignant observe, prend des notes et intervient rarement.
Aucun des deux modèles n'est supérieur dans l'absolu. La méthode socratique fonctionne bien quand les élèves ont besoin d'étayage pour accéder à une matière difficile ou quand l'objectif est de déloger une idée reçue précise. Harkness fonctionne bien quand les élèves ont suffisamment de connaissances préalables pour soutenir un vrai dialogue entre pairs sans tomber dans le silence ou l'accord stérile.
Beaucoup d'enseignants expérimentés utilisent les deux, selon l'unité et la classe. Une discussion Harkness peut ouvrir l'étude d'un roman ; une séquence socratique peut aider les élèves à travailler une question éthique particulièrement complexe, là où la discussion entre pairs seule tourne en rond.
Une pratique inclusive : adapter pour la neurodiversité et l'anxiété sociale
La critique la plus récurrente de la méthode socratique est aussi la plus importante à prendre au sérieux : mal mise en œuvre, elle fait du mal. Se retrouver interrogé publiquement et se tromper devant ses camarades peut générer de l'anxiété, de l'humiliation et une réticence durable à s'engager.
Pour les élèves souffrant d'anxiété sociale, de mutisme sélectif ou de troubles du spectre autistique, être interpellé à froid n'est pas un défi. C'est un obstacle. Et un élève en mode survie ne peut pas simultanément s'engager dans un raisonnement métacognitif.
La solution n'est pas d'abandonner le questionnement socratique, mais de construire les conditions psychologiques qui le rendent possible.
Le « pense-écris-partage » comme pont. Avant d'ouvrir le dialogue socratique au grand groupe, donne aux élèves deux minutes pour réfléchir seuls et une minute pour discuter avec un camarade. Les élèves arrivent dans la grande conversation après avoir déjà testé leur pensée en privé, ce qui réduit l'exposition d'avoir tort en public.
Des structures de participation opt-in. Plutôt qu'un tirage au sort, utilise un système de « jetons de parole » où les élèves choisissent quand contribuer. Une fois qu'ils ont pris la parole, ils ont utilisé leur jeton ; la place se libère alors pour les voix plus discrètes. Ça distribue la participation sans la forcer.
Normalise explicitement l'incertitude intellectuelle. Dès le début de l'année, dis clairement aux élèves : se tromper ici, c'est la méthode qui fonctionne. Affiche au mur les questions que les élèves ont soulevées mais laissées sans réponse. Traite l'incertitude comme une information, pas un échec.
Le dialogue socratique écrit. Pour les élèves qui ont besoin de plus de temps de traitement, des versions asynchrones du questionnement socratique fonctionnent dans des forums de discussion ou des journaux de bord. « Écris ta réponse à la question centrale d'aujourd'hui, puis écris l'objection la plus solide à ta propre position. » Ça préserve la structure dialectique sans la pression sociale de la performance en temps réel.
Il y a une différence réelle entre l'inconfort de se débattre avec une idée difficile et la détresse de se sentir exposé ou humilié. Le premier a une valeur pédagogique. Le second, non. Savoir lequel vivent tes élèves demande une attention continue — pas un simple bilan en début d'année.
Évaluer la participation : une grille de qualité pour le séminaire socratique
Les notes de participation traditionnelles récompensent le volume : qui a le plus parlé. Ce critère est contre-productif dans les classes socratiques, où un élève qui pose une seule question précise qui recadre toute la discussion apporte plus qu'un élève qui reformule trois fois la même idée.
Une grille axée sur la qualité répartit les points sur quatre dimensions :
Faire avancer la réflexion. La contribution de l'élève fait-elle progresser la conversation ? Introduit-elle un nouvel angle, identifie-t-elle une tension dans l'argument précédent, ou connecte-t-elle deux idées qui n'avaient pas encore été reliées ?
Preuves et raisonnement. L'élève étaye-t-il son affirmation par une référence au texte, des données, ou un argument logique ? Les assertions non fondées sont faciles à formuler ; les affirmations étayées demandent de la préparation.
Engagement avec les pairs. L'élève s'appuie-t-il sur ce qu'un camarade a dit, ou le challenge-t-il de façon constructive ? La formulation « Je voudrais revenir sur ce qu'a dit Marcos, parce que je crois qu'il passe à côté de quelque chose » vaut plus qu'une nouvelle affirmation indépendante.
Qualité des questions. L'élève pose-t-il des questions qui ouvrent la réflexion plutôt que de la refermer ? Un élève qui demande « Mais qu'est-ce que ça suppose ? » fait preuve de plus de sophistication analytique que celui qui demande « Tu peux répéter ce que tu as dit ? »
Note chaque dimension sur une simple échelle de 1 à 3 et rends la grille visible aux élèves avant la discussion. Quand ils savent qu'ils sont évalués sur la qualité de leurs questions, ils préparent de meilleures questions.
Comment la Flip Education soutient la démarche socratique
Mettre en place un séminaire socratique de qualité demande beaucoup de travail en coulisses. La Flip Education simplifie ce processus en fournissant aux enseignants les outils structurels nécessaires pour faciliter une enquête approfondie sans la charge administrative.
- Cartes de questions imprimables et guides de réponse structurés : la Flip Education génère un ensemble complet de cartes de questions adaptées au sujet choisi. Ces cartes proposent aux élèves des amorces de phrases et des guides de réponse fondés sur des preuves pour les aider à articuler leur pensée. Tu reçois aussi un guide imprimable qui présente les règles du séminaire et les attentes pour le groupe.
- Alignement curriculaire spécifique pour une enquête approfondie : chaque séminaire est construit autour de ton niveau de classe et de tes programmes. La Flip Education analyse ton sujet pour créer une question d'enquête centrale qui structure la séance de 20 à 60 minutes. Ça garantit que la conversation reste centrée sur tes objectifs d'apprentissage tout en permettant une découverte guidée par les élèves.
- Facilitation pas à pas avec conseils et scripts pour l'enseignant : suis un script naturel pour l'introduction et des étapes numérotées claires pour le séminaire lui-même. La génération inclut des conseils spécifiques pour gérer le déroulement et des pistes d'intervention pour les moments de silence ou les élèves qui monopolisent la parole. Cette structure t'aide à maintenir ton rôle de facilitateur pendant que les élèves mènent le dialogue.
- Débriefing structuré avec tickets de sortie et prolongements : conclus le séminaire avec des questions de discussion ciblées pour aider les élèves à réfléchir à leurs interactions. La Flip Education inclut un ticket de sortie prêt à imprimer pour évaluer la compréhension individuelle du sujet central. Enfin, une connexion vers la prochaine séance assure que le séminaire serve de pont dans ton unité.
FAQ
Ce que ça change dans ta pratique
La méthode socratique en enseignement n'est pas une technique qu'on sort ponctuellement quand on a une heure de libre. C'est une culture de classe — qui prend du temps à construire, qui demande une modélisation constante de la part de l'enseignant, et qui porte des fruits que les évaluations standardisées mesurent rarement.
Les données sont suffisamment claires pour agir : le questionnement discipliné approfondit la compréhension, développe la pensée critique et donne aux élèves la propriété de leur apprentissage. Les mises en garde sont tout aussi claires : la méthode échoue sans sécurité psychologique, et elle demande plus de préparation qu'un cours magistral — pas moins.
Commence petit. Choisis une unité, une question centrale, trois questions de relance préparées. Regarde ce que tes élèves en font. L'objectif n'est pas de performer la vertu socratique. L'objectif, c'est une classe où les élèves repartent avec de meilleures questions que celles qu'ils avaient en arrivant.
C'est la mesure la plus ancienne d'un bon enseignement.



